“Dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020, la tempête Alex dévastait la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes. Ce livre donne la parole à celles et ceux qui l’ont subie, fait le bilan et suit la reconstruction”.
Cette belle BD, parue chez Futuropolis en juin dernier, est conçue comme un reportage mêlant témoignages d’habitants, éclairage de spécialistes, grandes planches illustrant les paysages, et quelques photos.

Un habitant interrogé raconte :
« C’est la vallée de la Vésubie qui a été la première touchée, en fin d’après-midi. Les habitants ont assisté à la catastrophe en direct. Les secours et les autorités ont tout de suite été prévenus.
Mais nous, dans la vallée de la Roya, tout s’est passé pendant la nuit. Ce n’est qu’au matin qu’on s’est retrouvé face à l’ampleur des dégâts. Plus d’eau, plus d’électricité. Le réseau d’assainissement s’est rompu. Notre maire est monté au Col de Brouis pour retrouver du réseau et demander de l’aide.
Très vite nous avons été nombreux à monter là-haut pour y passer des appels, nous organiser, donner des informations, rassurer les familles. Nous étions coupés du monde, sans eau potable, avec les routes effondrées, des ponts démolis. Le chaos.
L’entraide, c’est ce qui nous a sauvés. Comme dans toutes les vallées, il peut y avoir des petits différends entre habitants, des rivalités entre villages. Mais la solidarité montagnarde s’est révélée dans toute sa force.
Il faut dire que la tâche était immense. L’intérêt collectif et l’envie de se relever sont apparus spontanément. Il y avait tellement à faire, entre déblayer ce que nous pouvions, trouver des engins de chantier, réconforter les plus vulnérables, organiser la rotation des hélicoptères. Tout ça avec les moyens du bord. On y était 24h sur 24.
Jusqu’à la pause présidentielle…L’annonce est tombée que le Président Macron arrivait par hélicoptère. On nous a demandé d’arrêter les rotations de nos hélicos pendant 6h. Ces 6h étaient précieuses pour les habitants. Les hélicoptères nous ravitaillaient en eau potable, en nourriture, en matériel de première nécessité.
Tout ça pour serrer des mains devant les caméras, et repartir. Celui-là, il a bien fait de ne pas me tendre sa main ! ».
Parmi les autres témoignages intéressants :
- “Le couloir d’avalanche était connu. Les anciens disaient : “attention…”. Dans les années 70, des permis de construire ont quand même été accordés. Ca faisait quelques impôts en plus. Pendant la tempête, l’eau a suivi ces couloirs avec une force incroyable. Le résultat, vous pouvez encore le voir”.
- “Il faut que les compagnies d’assurance réagissent ! Aujourd’hui, elles indemnisent pour une reconstruction à l’identique. Les prises de courant sont installées au même endroit, à quelques cm du sol, donc très vite inondables. Il faut reconstruire différemment ; c’est le principe du BBB : Build Back Better. On l’a vu, mettre des digues ne sert à rien. Il faut redonner aux cours d’eau leur liberté.”