Cette page récapitule les ressources bonus proposées en QR code à la fin de chaque grande partie de notre livre.
Partie 1
La carte de France des autorisations de construction en zone littorale à risque
… en termes d’érosion ou submersion marine, à l’horizon 2050, entre 2020 et 2024 :
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Source : carte Ouest-France, sur la base d’un rapport de septembre 2025 de l’association Conséquences avec la startup Callendar.
L’urbaniste Sébastien Boime apporte toutefois une nuance : « Il faudrait regarder dans le détail ce que cela recouvre : entre un logement en première ligne qui pourrait être emporté, et un autre uniquement concerné par une hauteur d’eau imposant de surélever le RDC, ce n’est pas comparable ».
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Ce que veut dire une France à +4 °C en termes d’aléas climatiques
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La TRACC (trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique) est le socle de la stratégie d’adaptation de la France. Comme le montre ce graphe de Météo-France, cette trajectoire mène à +2 °C dans le monde en 2050, soit + 2,7 °C en France hexagonale en 2050 (cette dernière, et plus largement l’Europe, se réchauffent plus vite que le reste du monde) ; et à +3 °C dans le monde en 2100, soit +4 °C en France hexagonale.
A quels impacts s’attendre en termes d’aléas climatiques dans une France à + 4°C ? D’après Météo-France (source ici et ici) :
–Des canicules quasi permanentes en été. La France subirait 10 à 15 fois plus de nombre de jours de vagues de chaleur que pendant la période 1976-2005. Les vagues de chaleur pourront durer deux mois en continu avec des intensités beaucoup plus marquées qu’aujourd’hui. Durant l’été, des valeurs de 50 °C pourraient être régulièrement atteintes ou dépassées. Jusqu’à 120 nuits chaudes (nuits au-delà de 20 °C) par an sont à attendre sur le littoral méditerranéen.

-Le nombre de jours de gel se réduira à une quinzaine de jours en moyenne sur la France. Dans les régions littorales et le sud, les gelées deviendront rares (seulement quelques jours par an) avec un risque de dégâts importants si elles se produisent à des stades végétatifs plus avancés.
-Les pluies intenses se renforceront, avec + 15 % en moyenne, et jusqu’à + 20 % sur la moitié nord du pays, aggravant le risque d’inondation, notamment dans les zones fortement imperméabilisées comme les villes.
Plus précisément, les précipitations hivernales augmenteraient de 15 à 20 % en moyenne, alors qu’en été, les précipitations diminueraient de près de 20 %, conduisant à un assèchement marqué des sols. Sur l’ensemble de l’année, la plus forte évaporation conduirait à une diminution de la ressource en eau.
-Des sécheresses beaucoup plus longues : du fait de l’augmentation de l’évaporation, toutes les régions s’assécheraient fortement, avec des conséquences sur la disponibilité de l’eau, plus critiques encore dans les régions méridionales. La France connaîtra un mois supplémentaire de sol sec dans la moitié nord, et jusqu’à 2 mois dans la moitié sud. Les sécheresses se poursuivront souvent en automne. Certains événements de sécheresse pourront même s’étaler sur plusieurs années consécutives.
-Un risque de feux de forêt généralisé : les feux de forêt et de végétation, déjà fréquents dans le sud, gagneront du terrain, avec un risque élevé qui s’étendra régulièrement à tout le territoire.
-Sur tous les massifs, le nombre de jours de neige au sol en hiver se réduira drastiquement. La présence de la neige se réduirait très fortement à toutes altitudes et deviendrait très irrégulière en moyenne altitude. En dessous de 4000 mètres, les glaciers des Alpes pourraient disparaître et le pergélisol serait considérablement réduit, avec des conséquences sur la ressource en eau et la stabilité des falaises rocheuses de haute altitude.
-Une forte augmentation du niveau de la mer, de l’ordre de 60 cm à plus d’un mètre par rapport à 1900.
…et qu’en est-il d’une France à + 2,7 °C (horizon 2050) ?
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Météo-France présente la liste suivante, non-exhaustive :
- Les vagues de chaleur seront 5 fois plus fréquentes, mais aussi plus longues (possibles de début juin à mi-septembre).
- Le nombre de nuits chaudes et pénibles pour la santé humaine, lorsque la température ne descend pas en dessous de 20 °C, augmentera particulièrement dans les centres urbains, et dans le Sud (jusqu’au 100 nuits par an sur le littoral méditerranéen).
- Alors qu’il était extrêmement rare dans les années 90, le seuil des 37 °C sera la valeur moyenne en France pour la journée la plus chaude de l’année. Certaines années, localement, des niveaux de chaleur inédits autour de 48 °C deviendront possibles.
- Feux de forêts : risque météorologique élevé sur tout le territoire, et jusqu’à 60 jours sur les régions méditerranéennes.
- Pluies intenses : +10 % d’intensité, aggravant le risque d’inondation.
- 1 mois supplémentaire de sol sec
Mais aussi, d’après des données précédentes, notamment de l’EEA (Agence européenne de l’environnement) : chaque année 1 million de Français dans l’Hexagone seront exposés aux inondations côtières ; la moitié des forêts de la France hexagonale serait soumise à un risque incendie élevé ; le nombre de nuits tropicales (qui ne descendent pas sous 20 °C) serait quadruplée à Paris par exemple ; etc.
Autre chiffre frappant : la rentabilité des exploitations françaises pourrait chuter à horizon 2050, particulièrement dans les grandes cultures du Sud et du Grand Est (source) :
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A + 2,3 °C, les rentabilités des terres (l’excédent brut d’exploitation par hectare, EBE/ha) chutent si les pratiques n’évoluent pas, et accentuent au passage certains écarts existants. L’EBE/ha baisserait de 21 % dans les systèmes de grandes cultures industrielles du nord de la France, actuellement les plus rentables. Mais c’est bien pire pour les grandes cultures du Grand Est (-72 %), ou dans les grandes cultures du Sud irriguées (-68 %), où il frôlera le négatif.
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Ce que les études d’opinion nous disent de la perception des risques climatiques par les Français
Plusieurs études publiées ces dernières années livrent des enseignements intéressants. Citons dans l’ordre de publication en termes de dates :
Ifop pour Allianz, décembre 2023 (source) :
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En bref :
- 8 Français sur 10 en Hexagone sont inquiets des risques climatiques.
- C’est, d’après l’enquête, le deuxième sujet de préoccupation après l’inflation et devant l’insécurité.
- Les habitants de la région PACA et de la Corse se sentent plus menacés que l’ensemble des Français : ils déclarent être exposés en moyenne à 5,6 risques climatiques contre 4,9 pour l’ensemble des Français.
- Si les 3/4 des Français déclarent que l’exposition à un risque climatique est un critère de choix important lors de l’achat d’un logement, 41% seulement ont le sentiment d’être bien informés sur ce type de risque au moment de l’emménagement. Et seuls 25% se sont renseignés sur le niveau d’exposition de leur logement.
Banque européenne d’investissement, novembre 2024 (source) :
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A retenir :
- 97 % des 1000 Français interrogés jugent important que leur pays s’adapte au changement climatique. Parmi eux, 56 % considèrent que cela doit être une priorité.
- 88 % conviennent qu’il est nécessaire d’investir immédiatement dans l’adaptation pour éviter que les coûts ne soient encore plus élevés à l’avenir.
- 80 % ont été confrontées à au moins un phénomène météorologique extrême au cours des cinq dernières années. Plus précisément, 56 % ont souffert de chaleur extrême et de vagues de chaleur, 39 % ont connu des sécheresses et 31 % ont fait face à de violentes tempêtes ou à des averses de grêle.
- Localement, certains habitants se disent davantage exposés aux phénomènes météorologiques extrêmes : dans les Hauts-de-France pour les inondations (44 %), et en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour les sécheresses (59 % et 52 %, respectivement) et les incendies de forêt (35 % pour chacune de ces deux régions).
- 61 % des personnes interrogées en France ont déclaré avoir subi au moins une conséquence directe liée à des phénomènes météorologiques extrêmes. 17 % ont été confrontées à des coupures d’électricité ou des problèmes d’approvisionnement en énergie, 16 % ont eu des problèmes de santé (coups de chaleur, problèmes respiratoires), 15 % ont vu des forêts ou des espaces naturels détruits à proximité de leur domicile et 15 % ont subi des perturbations des transports (fermetures de routes, destruction de ponts ou retards dans les transports publics, par exemple).
- 39 % pensent qu’ils devront déménager dans un endroit moins vulnérable au climat, même à proximité.
- 28 % disent qu’ils devront déménager dans une autre région ou un autre pays.
Odoxa, septembre 2025 (source) :
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-Plus d’1/3 des sondés considèrent “qu’il est déjà trop tard [pour] éviter un dérèglement climatique de grande ampleur”. C’est relativement important, mais moins que la part des sondés estimant que “nous pouvons encore éviter le pire” (52%).
Le résultat est toutefois biaisé car les réponses proposées ne sont pas antinomiques (on peut très bien penser qu’elles sont justes toutes les deux). Ce qui importe ici est plutôt la tendance : + 5 pts en seulement trois ans pour la première proposition. Ce résultat n’est pas surprenant mais vient quantifier le phénomène.
-Le détail des résultats à la même question est instructif en termes d’âge : 43% des 35-49 ans pensent “qu’on ne peut plus éviter un dérèglement climatique de grande ampleur” contre 33% des 50-64 ans, 28% des 65-74 ans, 21% des 75 ans et +. Il y a bien une fracture générationnelle sur la perception du dérèglement climatique.
Cette fracture se retrouve aussi quand on regarde les résultats par activité : alors que les actifs sont entre 34% et 43% à penser “qu’on ne peut plus éviter…” (et les étudiants 39%), les retraités ne sont que 27% à le penser.
-Quels risques climatiques sont perçus comme les plus menaçants au niveau local par les sondés, pour leur qualité de vie ? Les canicules et “les sécheresses et pénuries d’eau” arrivent en tête, quasi ex-aequo. Puis, dix points en-dessous, les tempêtes et orages, et encore en-dessous les inondations. Il sera intéressant de voir l’évolution de ces réponses au cours des prochaines années.

D’ores et déjà, un enseignement à retenir : dès que l’on sort des métropoles, ce ne sont pas les canicules qui sont perçues comme les plus menaçantes mais le manque d’eau.
Mais au-delà des écarts entre métropoles et ruralité, le plus frappant visuellement est de constater les différences parfois abyssales entre régions :
-La carte ci-dessous à gauche s’intéresse à la perception de la menace canicules. 4 régions, sur le quart nord de la France, se distinguent nettement du reste du pays, avec des écarts massifs y compris entre régions limitrophes.

-Sur la même image, la carte du centre concerne la perception de la menace “sécheresses et pénuries d’eau”. Là aussi, il y a rupture entre 4 régions au nord du pays et le reste. Les habitants d’Ile-de-France et de Normandie sont nettement moins nombreux qu’ailleurs, en proportion, à considérer ces risques climatiques comme menaçants pour leur qualité de vie locale.
-La carte de droite concerne les tempêtes et orages. Les habitants d’Ile-de-France se distinguent avec ceux des deux régions les plus au sud comme les moins inquiets à ce sujet.
Ci-dessous, les résultats pour les inondations (à gauche), et les incendies (à droite).

–28% des sondés disent qu’ils pourraient déménager dans les prochaines années pour réduire leur exposition aux risques climatiques. Le chiffre est élevé mais apparaît cohérent avec celui de l’enquête citée au-dessus.
Dans les prochaines années 16% des Français disent qu’ils pourraient changer de commune en restant dans la même région, et 12% changer de région, pour raison climatique.

Une région se distingue sans surprise comme “terre climatique désirable” : la Bretagne, très largement (37%) devant la Normandie (14%). On y retrouve ici les deux régions qui font d’ores et déjà l’objet de discours, parfois fantasmés, sur leur attractivité vis-à-vis du dérèglement climatique (voir la partie 3 du livre).
-Enfin, il est frappant, même si peu étonnant, de constater à nouveau les écarts massifs sur ce sujet du déménagement climatique, en fonction de l’âge des répondants. Le chiffre de 43% pour les moins de 35 ans montre à quel point la réflexion est partagée chez les générations qui subiront le plus les effets du dérèglement climatique. Quasi 1/3 des 35-49 ans, et 1/4 des 50-64 ans, prêts à déménager pour raison climatique, restent eux aussi des chiffres importants.

Il n’est pas surprenant non plus que les résultats varient fortement suivant les tailles d’agglomération, la capacité de mobilité étant souvent plus forte dans les métropoles qu’en ruralité. Il serait cependant intéressant, dans de prochaines études, d’avoir des précisions ; par exemple savoir dans quelle mesure le choix de rester est subi ou non.
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Comment évolueront les réponses des Français dans les prochaines années ? A quelle vitesse l’opinion bougera-t-elle ? Sur quels types de risques en particulier ? Certaines catégories de population (par âges, par régions, par tailles d’agglomération…) évolueront-elles plus que d’autres ? Ce sont ces dynamiques que l’on suivra lors des prochaines enquêtes de ce type.
Ipsos pour le Baromètre Qualitel, décembre 2025 (source)
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-Au cours des 10 dernières années, 86 % des Français ont été confrontés au moins une fois à un aléa climatique ayant touché leur domicile. Ils citent essentiellement : la canicule (74 %), la sécheresse ou la grêle (56 %), la tempête (55 %), la vague de froid (48 %) et l’inondation pluviale ou fluviale (33 %).

–Près d’1 Français sur 2 considère que son logement n’est pas assez protégé face à la canicule, a fortiori pour les habitants en appartement (60 % vs. 42 % pour les habitants en maison).
–42 % des Français se disent inquiets par la perspective d’être confrontés à des aléas climatiques dans leur logement actuel à l’avenir. La canicule, chez soi, arrivent en tête des aléas les plus craints (62 % au global, et 67 % pour les habitants des métropoles et de l’agglomération parisienne).
–66 % des Français déclarent avoir déjà eu des difficultés à supporter la chaleur chez eux. Ce chiffre monte à 71 % en appartement (en particulier pour les studios (74%) et 72 % dans les métropoles et l’agglomération parisienne.
–75 % des Français estiment que les aléas climatiques sont plus fréquents qu’il y a dix ans.
–28 % des moins de 25 ans pensent qu’ils pourraient être contraints de devoir déménager d’ici 20 ans, à cause des aléas climatiques.

-Au moment de choisir leur logement actuel, seuls 30 % des propriétaires ont réfléchi au fait que celui-ci pouvait ou non être touché par des aléas climatiques. Le niveau de renseignements fournis en la matière ne semble pas à la hauteur : 65 % des propriétaires n’ont pas obtenu d’informations sur le sujet, 15 % en ont eu, mais pas suffisamment pour se sentir bien informés.
-Près de 4 Français sur 10 (38 %) estiment que les dispositifs d’information et de prévention sur les aléas climatiques sont insuffisants et 9 % les jugent totalement inexistants. L’exemple le plus flagrant en la matière sont les cartographies dédiées aux aléas climatiques : 71 % des Français ne connaissent pas l’existence de celles de leur région / commune.
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Comment pratiques culturelles, traditions et patrimoine peuvent être bousculés par le dérèglement climatique
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Le plan national d’adaptation du gouvernement paru en 2025 comporte une mesure dédiée à la protection climatique des sites patrimoniaux : archives, bibliothèques, musées, monuments historiques et sites archéologiques. Une autre mesure prévoit d’étudier la vulnérabilité au changement climatique d’un “exemple de pratique ou savoir inscrit au titre du Patrimoine culturel immatériel”.
Hors de France, voici trois exemples intéressants sur ces sujets, parmi bien d’autres.
1/ En 2025, pour la première fois en près de trente ans, une fête de l’Aïd au Maroc sans sacrifice de mouton : le roi a appelé à renoncer à cette pratique en raison d’une sécheresse persistante ayant provoqué une baisse du cheptel.
Voir ici et ici pour plus d’informations.
2/ En Hongrie, certains insectes profilèrent avec la hausse des températures et ravagent une bibliothèque millénaire. Lu sur le site ActuaLitté (source).
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“Sur les hauteurs du nord-ouest de la Hongrie, l’abbaye bénédictine de Pannonhalma, fondée en 996, veille depuis plus de mille ans sur la plus ancienne collection de livres du pays. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle conserve quelque 400.000 volumes, dont plusieurs centaines de manuscrits antérieurs à l’invention de l’imprimerie, et une Bible complète datant du XIIIᵉ siècle. Un trésor patrimonial aujourd’hui menacé par les conséquences du changement climatique.”
« Une infestation avancée d’insectes a été détectée dans plusieurs parties de la bibliothèque. On considère donc que toute la collection est infectée et doit être traitée en même temps. Nous n’avons jamais rencontré un tel degré d’infection auparavant. » (Zsófia Edit Hajdu, responsable de la restauration de la bibliothèque).
Selon les restaurateurs, la hausse des températures en Hongrie favorise le développement d’insectes qui peuvent désormais accomplir plusieurs cycles de vie supplémentaires chaque année. « Les températures élevées sont favorables à la vie des insectes », assure Zsófia Edit Hajdu. « Jusqu’à présent, nous nous sommes surtout occupés des dégâts causés par les moisissures. Mais maintenant, je pense que de plus en plus d’infestations d’insectes apparaîtront en raison du réchauffement climatique. »”
3/ Avec le réchauffement climatique, la langue arctique perd des mots. Lu sur le site du Figaro (source).
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“En «Sápmi» («Laponie» dans la langue same), la patrie arctique traditionnelle des Samis, le réchauffement est quatre fois plus rapide que sur le reste de la Terre. Avec la hausse des températures, les écosystèmes arctiques tels que l’élevage de rennes et la pêche, dont dépendent les Samis, ont été modifiés. Et avec eux, nombre de mots de leur langue, qui possède plus de 300 mots pour qualifier la neige, relate un article de la BBC.
«Les Samis parlent beaucoup du changement climatique, en particulier les éleveurs de rennes», explique Klemetti Näkkäläjärvi, chercheur à l’Université d’Helsinki et celle d’Oulu, en Finlande. Pour ces derniers, l’état de la neige est un indicateur crucial afin de connaître les conditions d’alimentation des rennes. «Toute la terminologie faisant référence à de bonnes conditions nutritionnelles pour les rennes en hiver est rarement utilisée de nos jours», continue le chercheur. Le mot sami du Nord «ealát», qui fait référence à la «neige meuble» permettant aux rennes «de creuser pour trouver du lichen nutritif sans qu’une couche de glace ne les gêne», est aujourd’hui en voie de disparition.
«Ce mot fait référence à la neige, la glace et à l’état nutritionnel», précise Klemetti Näkkäläjärvi. Or, les conditions pour identifier les bonnes conditions nutritionnelles des rennes se sont corsées ces dernières années avec l’avènement de températures plus chaudes qui ont entraîné davantage d’épisodes de pluie sur neige, souvent suivis d’une vague de froid glacial. Résultat : cela crée une neige dure avec de la glace sur le dessus et des couches de glace à l’intérieur. Ce qui empêche les rennes d’accéder au lichen dont ils se nourrissent car ils ne peuvent creuser la glace.
Le terme «ealát» illustre «assez bien le lien entre la culture et la langue : il faut un mot en sami pour décrire les conditions, mais trois phrases ou plus en anglais», indique-t-il. Les chercheurs ont étudié les connaissances des éleveurs de rennes sami sur la neige et la glace : ils ont trouvé plus de 300 mots dans les langues sami qui décrivent différents types de neige, de glace et de conditions de neige. Avec l’avènement d’hivers plus doux et les températures fluctuantes de ces dernières années, certains de ces mots sont de plus en plus utilisés comme «suttádat», «njáhcu» ou encore «sievlladat» qui font référence à un hiver chaud lorsque la neige commence à fondre. En revanche, les mots liés à la neige, décrivant un temps plus froid, ont tendance à disparaître. «Jassa signifie “neige persistante” dans les collines ou les hauts plateaux en été, explique le chercheur. En “Sápmi” finlandais, il ne reste que quelques endroits où il y a du jassa.»
Et ce n’est pas tout. Avec la modification de l’état de la neige, les empreintes d’animaux comme les rennes s’estompent dans certaines régions. Sans ces précieuses connaissances apportées par les traces dans la neige, il est désormais plus difficile pour les éleveurs de rennes d’identifier les rennes qui ont fui le troupeau («ruvggaldat»), les rennes effrayés («hiras») ou les rennes qui ont tendance à errer seuls («duoddil», «jadas», «linka», «hilbesboazu», «meahcehas» ou «loavsku»). Il existe également plusieurs mots pour désigner les «rennes effrayés», en fonction de leur sexe ou âge. «Si le besoin d’utiliser certains termes disparaît, ou si les gens arrêtent de les utiliser parce qu’ils ne peuvent plus identifier les traces, les mots peuvent disparaître sans qu’ils s’en aperçoivent», remarque Klemetti Näkkäläjärvi.
Un autre mot est également en voie de disparition, selon le traducteur et entrepreneur touristique d’Utsjoki (dans l’extrême nord de la Finlande), Pentti Pieski, passionné de pêche. Il s’agit du terme «jieknaguolli» pour désigner le saumon au printemps, qui apparaît immédiatement après la débâcle de la glace sur la rivière. En raison du déclin du saumon – toujours lié au changement climatique, la saison de pêche officielle a été raccourcie pour commencer, seulement, le 1er juin. La glace a déjà disparu depuis longtemps et les pêcheurs sami n’ont aucune chance de voir apparaître les fameux saumons «du début du printemps».
De plus, remarque Pentti Pieski, des saisons entières commencent à disparaître du langage. «Dans le nord de la Laponie, il y a vingt ans, nous évoquions huit saisons, raconte-t-il. L’une d’entre elles, le “printemps-été” n’a plus lieu chaque année, donc les gens pourraient arrêter de le mentionner et ce terme disparaîtra probablement à l’avenir.» De même, à mesure que le paysage change sous l’influence du changement climatique, les lieux ne correspondent plus aux noms traditionnels sami.
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Pour illustrer la notion d’IPR (indice de potentiel de rafraîchissement) : l’exemple d’une école à Toulouse
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Nous évoquions rapidement dans le chapitre 3 l’exemple de Toulouse où les équipes de la Mairie, avec l’aide d’un climatologue urbaniste qui travaille à temps plein pour la ville, traquent l’IPR (indicateur du potentiel de rafraîchissement) : un indice, créé par le Laboratoire Interdisciplinaire des Energies de Demain (LIED) à Paris, pour repérer là où l’ajout de végétation ou un éclaircissement des surfaces peut générer de l’ombre et de la fraîcheur.
En voici une illustration sur une école à Toulouse (source de l’image).

La municipalité écrit, dans son rapport développement durable 2025 : « Là où les stations météo offrent une vision du climat à l’échelle de la ville, l’IPR vient interroger, à l’échelle du piéton, le confort thermique de manière schématisée. Développé par des chercheurs en climatologie urbaine (laboratoire LIED), l’IPR permet de prioriser les espaces à rafraîchir, en considérant notamment les ombres portées (qui se déplacent avec la course du soleil), les revêtements, les espaces végétalisés. Il offre également des capacités d’évaluation et de suivi des aménagements. L’outil a déjà été utilisé pour de nombreux aménagements de la ville comme la place Roquelaine, la rue des Salenques, la rue Valade, ou le futur parvis Marengo ».
Pour en savoir plus sur le travail d’urbanisme climatique mené à Toulouse, découvrez aussi notre reportage sur place.
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La dérive climatique pourrait causer « des dommages économiques similaires à ceux de la Grande Dépression de 1929, mais subis de manière permanente »
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C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les chercheurs Adrien Bilal et Diego R. Känzig qui ont travaillé sur la question de l’impact du dérèglement climatique sur l’économie mondiale. En faisant courir un scénario « business-as-usual » (+3°C en 2100), ils en arrivent à des « ordres de grandeur comparables aux dommages économiques causés par la Grande Dépression de 1929, mais subis de manière permanente ». (source : début de la page 6 de ce document)
Cette étude, écrit Le Monde en mai 2025, « a fait l’effet d’une bombe. Elle montre que l’impact du réchauffement climatique sur l’économie est six fois plus important qu’on ne le pensait ». Interrogé par le journal, l’un des auteurs explique :
« Nous avons essayé de comprendre la dissonance entre le discours des scientifiques, qui disent depuis longtemps que le changement climatique va bouleverser nos vies, et les études des économistes, qui trouvent des effets assez faibles sur l’activité. Ce qui nous a frappés, c’est que les économistes étudiaient principalement la façon dont les changements de température locale affectaient l’activité économique de chaque pays : que se passe-t-il par exemple si la température en France est plus forte que prévu ? Mais ils prenaient très peu en compte l’effet de l’augmentation de la température mondiale.
Nous l’avons étudié empiriquement et nous avons découvert que ce facteur était beaucoup plus important dans ses conséquences. Notamment parce que l’augmentation de la température océanique affecte les régimes d’évaporation et de précipitations, ce qui entraîne sécheresses, tempêtes tropicales et autres phénomènes très coûteux pour l’économie.
Nous avons juste abordé la question avec une perspective plus macroéconomique, ce que personne n’avait vraiment pensé à faire. Les données étaient pourtant là, et la méthodologie que nous avons utilisée existe depuis les années 1980. »
Partie 2
Des exemples pour illustrer la variété des cas possibles de maladaptation
A retrouver sur notre article dédié.
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Des précisions sur le risque de zèle autour de la maladaptation
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Les chercheuses Lisa Schipper et Aditi Mukherji montrent que la crainte de faire ou de financer de la maladaptation pourrait être un frein à des projets pourtant nécessaires. Elles racontent que lors de la séance d’approbation du rapport de synthèse du 6e rapport du GIEC (AR6), certains pays ont appelé à la suppression de pratiques susceptibles d’entraîner de la maladaptation.
Or, on l’a vu, pointer du doigt certaines pratiques peut mener à placer de fait ces pratiques sur “liste noire”, ce qui ne serait pas souhaitable : pour reprendre l’exemple de l’irrigation, celle-ci n’est “pas un problème si des cultures adaptées au contexte écologique et aux ressources en eau locales sont irriguées”, explique Aditi Mukherji, qui travaille sur ce sujet dans les pays du Sud. “Le problème se pose lorsque des cultures gourmandes en eau sont cultivées par irrigation dans des régions pauvres en eau”.
Plus cyniquement, les chercheurs montrent que la crainte de la maladaptation pourrait servir d’excuse à certains acteurs pour réduire leur financement de projets d’adaptation. Les deux spécialistes mettent ainsi en garde contre l’utilisation abusive du prétendu manque de mesurabilité des stratégies d’adaptation, qui risque de servir à réduire des financements. “Si les décideurs politiques affirment qu’il est impossible de mesurer le succès des mesures d’adaptation en raison de leur complexité, cela peut avoir un impact sur le financement de ces mesures” écrivent-elles.
“Le concept de maladaptation lui-même est de plus en plus souvent présenté comme une raison de remettre en question l’efficacité même de l’adaptation”, ajoutent-elles, en déplorant le phénomène.
Source : Schipper, L. and Mukherji, A. 2024. Misguided negative adaptation narratives are hurting the poor: Measurement and maladaptation are being weaponized
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Climatiseurs : une sous-estimation des économies d’énergie futures par les ménages à l’achat
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Une étude sur les climatiseurs en Chine montre que les consommateurs chinois accordent trop d’importance aux prix des climatiseurs lors de leurs achats, au détriment des coûts énergétiques de l’équipement choisi, sur le long terme.
Il est établi que l’adoption de climatiseurs à haut rendement énergétique réduirait la consommation d’énergie des ménages, engendrant une baisse de leurs factures d’électricité et de leur impact climatique.
Mais cette étude montre un fossé entre ce qui est financièrement optimal pour les ménages chinois, l’adoption accrue de climatiseurs à haut rendement énergétique, et leurs choix concrets, des climatiseurs moins coûteux, mais plus énergivores.
Précisément, les consommateurs chinois ne prennent en compte que 41 % des frais d’exploitation (les coûts d’utilisation et d’entretien post-achat) dans leurs décisions d’achat. Cela signifie qu’ils atteignent un taux d’actualisation implicite d’environ 24 % lorsqu’ils choisissent des climatiseurs. Or, un taux d’actualisation implicite élevé, comme celui-ci, montre qu’un individu privilégie des achats à court terme au détriment d’économies futures.
Selon l’étude, ces taux d’actualisation élevés sur le marché chinois de la climatisation entraineraient une augmentation de la consommation annuelle d’énergie d’environ 7,5 %.
L’étude n’explore pas les raisons pour lesquelles certains consommateurs font ces choix. Une étude sur la question permettrait l’exploration de diverses hypothèses, comme celles des contraintes de crédit, de la myopie, de comportements d’inattention…
(…) Des mesures sont applicables. Parmi elles, la fixation de normes minimales d’efficacité énergétique, des mesures d’information, ou encore des incitations à l’efficacité énergétique.
Source : Patricia Crifo, professeure d’économie à l’École polytechnique, sur Polytechnique-Insights
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Carte de France des îlots de chaleur dans 47 aires urbaines
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Le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU) se manifeste par des températures nocturnes plus élevées en milieu urbain que dans les zones rurales voisines. C’est une mesure relative, exprimée en degrés : on parle par exemple d’un îlot de chaleur de +3 °C.
Exemple : à Amiens et dans ses environs, l’ICU maximal après une journée d’été fortement ensoleillée atteint 3,6 °C, ce qui signifie que la température nocturne en ville peut dépasser de 3,6 °C celle de la campagne alentour.

Source, légende et plus de précisions : Météo-France
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Pourquoi il faut suivre plus attentivement les températures minimales l’été
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L’adaptation climatique implique de changer de regard. Cela passe par exemple par prendre l’habitude de regarder aussi les minimales en canicule plutôt que seulement les maximales, comme le fait remarquer l’urbaniste Clément Gaillard dans un post d’en août 2025 sur Linkedin :
« Et si la température minimale était le vrai problème ? Généralement, les médias communiquent sur les records de températures maximales. C’est même devenu un lieu commun d’évoquer les pics de chaleur qui dépassent les 40°C. Mais n’oublions pas que nous battons aussi des records de température minimale, ce qui est d’autant plus alarmant ! La nuit dernière à Nice la température de l’air n’est pas redescendue en dessous de 28,7°C. Il s’agit ni plus ni moins du record absolu de température minimale pour cette ville, qui dépasse de 0,1°C celui établi pendant la canicule… de 2023 !
Les températures minimales sont généralement relevées de 2 à 4°C en moyenne sous l’effet du phénomène d’îlot de chaleur urbain. Et la température dans un bâtiment est souvent supérieure de 2°C par rapport à la température extérieure à cause de l’inertie.
Je vous laisse faire l’addition quand on parle de nuit à plus de 28°C…
Le seuil de « nuit tropicale » est fixé à 20°C : il serait donc largement dépassé dans un grand nombre de métropoles pendant cette canicule.
Personnellement, une température minimale de 28°C à Bordeaux m’inquiète au moins autant qu’un pic de chaleur à 40°C.
La littérature scientifique est claire sur le sujet des impacts sanitaires de la chaleur en période de canicule : c’est souvent la température minimale (et non maximale) qui détermine la surmortalité.
Bref, même si le chiffre de 28°C ne fait pas peur, une température minimale aussi élevée est inquiétante. Il est temps de porter un nouveau regard sur la chaleur : la succession de nuits caniculaires nous met aussi en danger. »
Partie 3
Un récit positif d’adaptation, qui illustre le besoin de planifier sur le temps long : le cas de Nîmes face aux inondations
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Extrait d’un article publié dans Le Monde (Maryline Baumard, Léa Sanchez et Benjamin Keltz, 7 février 2025) :
« Trente-six ans après que 15 millions de mètres cubes d’eau se sont abattus sur Nîmes en moins de six heures, causant la mort de neuf personnes et des sinistres pour 45 000 habitants de la ville, les travaux pour éviter un nouveau « 3 octobre 1988 » continuent. Mais « sans cet épisode dramatique de déferlement de trombes d’eau sur la ville en quelques heures, nous n’aurions pas réussi tout ce que nous avons pu réaliser », analyse Jean-Paul Fournier, le maire (Les Républicains) de la cité devenue un exemple de préparation. L’écoulement des eaux y a été repensé avec le forage de larges voies souterraines sous la ville, juste après la création d’une série de retenues en amont.
« En 1988, Nîmes avait chaque année une chance sur deux d’être inondée. Aujourd’hui, on a divisé par deux ce risque et, à la fin des travaux, en 2027-2028, on l’aura divisé par vingt », résume le directeur de la prévention des inondations de Nîmes Métropole, Jean-Luc Nuel. Un travail colossal a été réalisé sous forme de trois programmes successifs, afin que les eaux ruisselant depuis les Cévennes s’écoulent sans faire exploser les égouts de la ville et submerger les rues. « Nous poursuivons le triple objectif de réduire la fréquence des inondations, leur importance et d’améliorer notre préparation au risque »
« Lorsqu’on s’est lancés, on était encore peu coutumiers en France des inondations dues aux pluies torrentielles. Aujourd’hui, d’autres villes viennent nous voir, pour s’inspirer, peut-être, de notre exemple. Et, même si chaque territoire a besoin d’une réponse adaptée à son terrain, ils voient chez nous que c’est possible de tenir plus de trente ans un objectif sans le lâcher, en concertation avec les différents acteurs… », ajoute le spécialiste. « La mise hors d’eau d’une ville ne se fait pas à l’échelle d’un mandat politique. C’est cinquante ans de travaux », explique Nicolas Camphuis, ancien directeur du Cepri. Même si tout n’est pas terminé, déjà, les épisodes de pluie intense de 1994 et de 2002 ont prouvé, dans le Gard, que les infrastructures protégeaient la ville.
La protection des inondations achoppe parfois sur la question de la solidarité entre les territoires en amont et en aval, relève, dans le Lot-et-Garonne, le président de Val de Garonne Agglomération, Jacques Bilirit (divers gauche) et, bien évidemment, sur son coût. Elle peut être en partie financée par le fonds vert (lancé en 2023 pour « accélérer la transition écologique dans les territoires ») ou le fonds Barnier, rappelle le ministère de la transition écologique. Cette prévention doit aussi être lue à l’aune des économies qu’elle permet, comme à Nîmes. « Ici, 240 millions d’euros ont été investis depuis 1998,rappelle M. Nuel. Si on n’avait rien fait, il fallait tabler sur un coût moyen de 50 millions d’euros annuels de dégâts dus aux inondations. »Autant dire que les investissements sont déjà rentabilisés. »
Extrait d’un article publié dans Le Monde (Maryline Baumard, Léa Sanchez et Benjamin Keltz, 7 février 2025)
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Deux exemples de mobilisation citoyenne face aux incendies
Un exemple dans le Gard
Extrait d’un article publié dans Le Monde (Marjorie Cessac, 14 novembre 2024) :
« Les incendies peuvent dévaster les franges urbaines et les villages alentour. A ce titre, des obligations légales de débroussaillement (OLD) existent pour les particuliers, mais elles restent souvent difficiles à faire respecter. A cet égard, la commune de Langlade (Gard), dans la banlieue de Nîmes, constitue un exemple à suivre. Frappés en 1983 par de terribles incendies qui ont embrasé la pinède, en pleine zone urbanisée, les habitants ont créé l’Union langladoise de protection incendie. En quarante ans d’existence, cette association a contribué à éviter de nouvelles catastrophes. Elle a instauré des chantiers de débroussaillement par quartiers et des rondes de surveillance du massif forestier. Une interface forêt-habitat de 50 mètres de large environ a été créée tout autour de la ville pour la protéger, comme le feraient des douves.
Le président de l’association s’inquiète néanmoins de l’avenir de ce dispositif. Le financement pour entretenir cette surface de 40 hectares reste difficile à trouver. »
Un exemple à Marseille : l’École du feu
Extrait d’un reportage de Reporterre (Niel Kadereit et Aurélien De Bolster, 6 janvier 2026) :
« À Marseille, quelques mois après un incendie qui a ravagé le nord de la ville, un groupe d’habitants s’organise au sein de l’École du feu. Derrière ce nom évocateur, un besoin : apprendre à vivre dans un territoire marqué par les flammes. L’initiative vise à faire connaître les bons gestes, avant et pendant le sinistre. « L’École du feu part du postulat qu’il faut nous réapproprier un savoir sur les incendies et l’environnement pour mieux nous protéger », explique sa fondatrice.
L’École du feu n’a pas l’ambition de se substituer à l’action des services de la Sécurité civile, mais bien de s’inscrire dans une complémentarité nécessaire à l’adaptation aux conséquences du chaos climatique.
La saison des incendies s’allonge, leur intensité s’accroît et ils touchent de plus en plus de territoires. Ce phénomène induit une dispersion des moyens humains et matériels, alors que la doctrine française de lutte contre le feu repose sur une attaque massive et directe des foyers naissants. « Les pompiers ne vont pas pouvoir défendre tout le territoire national », résume le paysagiste Jordan Szcrupak. »
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D’autres travaux de sciences sociales instructifs
Pour ne pas rallonger encore cette page déjà longue, nous les présenterons dans de prochaines éditions de La Lettre de Trois degrés : pour les recevoir, inscrivez-vous ici.
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D’autres exemples de pratiques traditionnelles présentées par Clément Gaillard
-Mobilier urbain : les abrises, pour favoriser la ventilation naturelle en extérieur
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Clément Gaillard a imaginé ce qu’il a nommé “une abrise”, un prototype d’abri public inspiré d’une technique égyptienne des années 1940. En utilisant la dynamique des fluides pour accélérer les courants d’air, elle crée un point de fraîcheur en ville.
Comme il l’écrit : « Les abrises sont une nouvelle génération d’abris extérieurs conçus pour favoriser la ventilation naturelle, inspirés de l’Égypte des années 1940, avec des murs qui respirent comme des termitières.
La conception d’un abrise reprend le principe des madyafa. Le madyafa est un abri extérieur conçu pour favoriser la ventilation et décrit par l’architecte égyptien Hassan Fathy dans l’ouvrage « Construire avec le peuple ».
Il existe très peu de données pour la conception d’un madyafa. On sait que son fonctionnement repose sur un principe contre-intuitif : la façade avec les plus petites ouvertures doit être orientée face au vent et en surpression, tandis que l’ouverture la plus large est sous le vent dans une zone de dépression. Cette différence entre la proportion des ouvertures permet de créer un effet Venturi qui génère une brise régulière qui favorise le rafraîchissement. »
-> Voir ici des croquis et illustrations
-Mode de vie : dormir sur les terrasses pendant les nuits d’été : un exemple en Algérie
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Clément Gaillard écrit : « Dans certaines régions d’Algérie, comme le M’Zab, il existait encore il y a quelques années une pratique traditionnelle qui consistait à dormir sur les terrasses pendant les nuits d’été afin de bénéficier du refroidissement direct vers la voûte céleste. L’occupation nocturne des terrasses a façonné l’architecture traditionnelle de cette région. Certains habitants de la région du M’Zab ont explicitement rejeté la climatisation malgré le fait qu’elle soit souvent considérée comme un symbole de prestige. Ils avaient conscience qu’elle aurait tendance à homogénéiser les qualités thermiques de leur maison, ce qui aurait pour conséquence de condamner définitivement l’usage traditionnel des terrasses et de normaliser leur manière d’habiter.
(…) Il faut insister sur le fait qu’il existe une multitude de modes de vie possibles pour vivre correctement et équitablement dans un monde globalement réchauffé.
Si nous voulons habiter avec la chaleur, dans un monde de plus en plus contraint par la fin de l‘énergie abondante, nous devrons développer ou redévelopper des cultures climatiques. Elles pourront être inspirées du passé et d’autres régions, mais aussi anticiper sur les évolutions climatiques futures. Inventer des cultures climatiques est un défi passionnant« .
Source : article « Habiter avec la chaleur« , Clément Gaillard, sur le site AOC.
Sources mentionnées par l’auteur : A. Ravéreau, M. Roche, Le M’Zab, une leçon d’architecture, Paris : Sindbad, (coll. Hommes et sociétés), 1981, p. 61. ; et R. Bandouï, P. Poitié (dir.), André Ravéreau. L’atelier du désert, Marseille : Parenthèses, 2003, p. 144.
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Les catastrophes « naturelles » portent mal leur nom : une leçon d’histoire venue des inondations dans les Pays-Bas du Moyen Âge
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Ci-dessous, une anecdote historique intéressante partagée par l’historien Florian Besson sur son compte Twitter :
« Le médiéviste Tim Soens travaille sur les Anciens Pays-Bas, du XIIe siècle au XVIIe siècle. C’est une région située sous le niveau de la mer : les humains y ont construit des digues depuis fort longtemps.
Régulièrement, ces digues lâchent, après un violent orage par exemple. Il y a donc des inondations, des dégâts dans les champs, parfois des morts. Mais les gens ont l’habitude et sont organisés.
Au XII-XIIIe siècle, les paysans de la région sont globalement de petits paysans libres qui possèdent de petites exploitations foncières. Les digues sont entretenues collectivement : quand l’une cède quelque part, tout le monde vient aider pour réparer. Au quotidien, chacun est responsable de l’entretien de sa petite portion de digue, et le collectif s’organise via des associations spécialement dédiées (qui s’appellent des wateringen). Globalement, ça fonctionne : les digues lâchent peu souvent.
Peu à peu, une économie proto-capitaliste se met en place. De grands propriétaires terriens (nobles, marchands ou abbayes) possèdent de plus en plus de terres, louées à des paysans moins libres qu’avant. Conséquence : les propriétaires des terres n’habitent plus sur place…
Pour prendre un exemple concret : dans la campagne autour d’Oostburg, en 1388 il y a 41 propriétaires par centaine d’hectares ; en 1550, plus que 14 ! Des milliers de petits paysans libres et propriétaires de leur terre ont disparu.
Les nouveaux propriétaires veulent de la rentabilité. Or, dans certains secteurs, le coût d’entretien des digues dépasse ce que les terres rapportent. Ces riches propriétaires font alors le choix… d’arrêter d’entretenir les digues.
Conséquence concrète : les digues lâchent plus souvent qu’avant. Il y a plus d’inondations catastrophiques et plus de morts. Cercle vicieux : les paysans fuient, donc la terre est moins rentable, donc les propriétaires investissent moins, donc plus de catastrophes, etc.
En outre, ces grands propriétaires ont besoin de beaucoup de capitaux pour entretenir les digues. Cet entretien dépend du marché : en période de croissance, ils ont de l’argent disponible, et investissent donc pour l’entretien. Dès que le prix de la laine baisse, ils rognent sur ces dépenses, et laissent les digues se dégrader.
Par ailleurs ces grands propriétaires achètent en priorité les parcelles les moins exposées aux inondations, ce qui rejette les petits propriétaires sur les terres les plus inondables. Les catastrophes touchent donc en priorité les populations les moins avantagées.
Tout cela est aggravé par un autre effet pervers : se multiplient les moulins à vent couplés à un mécanisme permettant d’assécher son champ. Mais l’eau ainsi drainée est rejetée… dans les champs voisins qui n’ont pas de moulins !
Concrètement, les riches inondent donc les champs des pauvres qui n’ont pas les moyens de faire construire des moulins. Ces derniers deviennent donc encore plus pauvres, ou partent, permettant aux riches de devenir… plus riches, car ils récupèrent les terres de ceux qui partent.
Et ce n’est pas tout : à mesure que les petits paysans locaux sont chassés ou partent, leur expertise en matière d’endiguement et de drainage disparaît. C’est tout un savoir local de prévention de la catastrophe qui disparaît. Les digues sont donc moins efficaces qu’avant.
Dernière conséquence : la multiplication des conflits. Les paysans locaux sabotent les haies ou les fossés, s’en prennent aux ingénieurs envoyés par les propriétaires, etc. Il y a plus de violence qu’avant.
L’analyse de Tim Soens montre que l’accroissement des inégalités a renforcé la vulnérabilité aux catastrophes des populations les plus pauvres et a entrainé une disparition des savoirs locaux sur les manières de gérer les risques.
L’histoire des Anciens Pays-Bas met ainsi en évidence le fait que les dégâts provoqués par les catastrophes ne sont pas des fatalités, mais résultent de choix économiques et politiques. »
Fil Twitter préparé par l’historien Florian Besson et Tobias Boestad, spécialiste de ces régions, maître de conférences à l’université de La Rochelle, sur la bases des sources suivantes :
- « Flood Disasters and Agrarian Capitalism in the North Sea Area: Five Centuries of Interwoven History (1250-1800) », in Gestione dell’acqua in Europa (XII-XVIII secc.), 2018, p. 369-392.
- « Landscape transformation and social change in the North Sea Polders, the example of Flanders (1000-1800 AD) », Siedlungsforschung vol. 31, 2014, p. 133-160.
- « The social distribution of land and flood risk along the North Sea coast: Flanders, Holland and Romney Marsh compared c. 1200-1750 », in Rural societies and environments at risk, 2013, p. 147-180.
- « Flood Security in the Medieval and Early Modern North Sea Area: A Question of Entitlement? », Environment and history, vol. 19, 2013, p. 209-232.
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Un exemple pour illustrer l’importance de regarder les minimales l’été : Paris vs. Rennes en 2050
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En 2050, Météo-France prévoit, dans la trajectoire de réchauffement actuelle :
-Nombre annuel de jours très chaud (>35°C) : 3 à Rennes, 4 à Paris. Quasiment autant, donc.
-Nombre annuel de jours en vagues de chaleur : 9 à Rennes, 11 à Paris. Très similaire là encore.
-Nombre annuel de nuits chaudes (>20°C) : 7 à Rennes, 26 à Paris. C’est ici que l’écart est très important et que la différence se fera ressentir nettement.
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Une sélection de dix signaux faibles
-Verra-t-on des Gilets jaunes de l’eau ?
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C’est la question que posait Manon Loisel, consultante en stratégies territoriales au cabinet Partie Prenante, dans une tribune parue dans Alternatives Economiques dès…décembre 2022. Ce texte conserve sa pertinence aujourd’hui. En voici une synthèse à partir de morceaux choisis :
« Trois sujets pourraient faire émerger des « gilets jaunes de l’eau ».
Le premier d’entre eux : la vulnérabilité des personnes qui conjuguent petits moyens financiers et grands besoins en eau dans un contexte probable de future hausse des prix.
Les gilets jaunes nous ont appris que pour toute nouvelle mesure (nouvelle taxe, nouvel impôt, nouvelle règlementation), il est nécessaire de prendre en compte la variété des situations sociales des personnes touchées en intégrant leurs contraintes du quotidien.
La taxe carbone a mis les gilets jaunes en difficulté sur le plan budgétaire sans proposer de solution à leur dépendance à la voiture au quotidien. (…) C’est la même chose avec l’eau : les tarifs vont sans doute être amenés à augmenter. Toutes les collectivités voient leurs coûts de fonctionnement exploser. Pour assurer l’équilibre dépenses-recettes, plusieurs options sont possibles. Les collectivités locales peuvent choisir de prendre dans leur propre caisse, soit en consentant à une baisse de l’investissement, soit en augmentant les emprunts. Mais à terme, il est difficile d’exclure le scénario d’une hausse des tarifs pour l’usager.
Or nous ne sommes pas tous égaux face aux besoins. Certains usagers cumulent petits moyens et grandes contraintes d’usages : personnes assignées à résidence (notamment les plus âgées) qui restent dans leur logement en période de canicule, personnes dont les logements sont mal isolés été comme hiver (pour qui la douche chaude ou froide devient un besoin vital), personnes qui vivent dans des quartiers denses mal pourvus en espaces verts, familles nombreuses modestes ou encore personnes atteintes de troubles physiques ou psychiques pour qui l’eau est un moyen d’apaiser la douleur, etc.
(…) La réflexion sur l’évolution des modèles de tarification ne pourra pas se limiter à la réflexion sur la tarification sociale indexée sur les revenus. Il faudra prendre en compte les vulnérabilités multiples des habitants pour ne pas créer une bombe à retardement sociale.
Deuxième sujet de conflits : les inégalités d’accès au rafraîchissement. Elles deviennent en effet un terrain de bataille entre citoyens à mesure que les températures augmentent.
L’été 2022 l’a confirmé. A Limoges, à Saint-Germain-en-Laye, ou près de Toulouse, des militants se sont introduits dans des golfs pour en boucher les trous afin de protester contre l’arrosage des parcours en période de sécheresse. Ailleurs, de nombreuses critiques à l’encontre des propriétaires de piscines privées ont été formulées (alors que la demande de piscines neuves n’a jamais été aussi forte).
Ces évènements soulignent deux phénomènes : d’abord, à mesure que les températures augmentent l’été, l’accès à l’eau-rafraîchissement passe d’une question de confort à un enjeu vital ; ensuite, les tensions relatives aux usages « légitimes » de l’eau s’accentuent entre les citoyens.
Pour les élus locaux, la question est loin d’être anecdotique et pose un double défi.
Il leur faudra, d’une part, faire en sorte qu’aucun territoire ne soit laissé-pour-compte. Dans beaucoup de métropoles, les habitants des quartiers populaires ont peu accès à de l’eau pour se rafraîchir en période de canicule. La multiplication des pratiques de « street-pooling » (ouverture illégale des bouches d’incendies) cet été (2022) dans de nombreux quartiers populaires de Lyon, Grenoble ou Rennes en est la preuve.
D’autre part, il s’agira à l’échelle locale de proposer des espaces de dialogue pour permettre de débattre collectivement des usages jugés (il)légitimes de l’eau en période de tension sur la ressource.
Troisième problème : la difficulté d’aborder le partage de la ressource, notamment avec les agriculteurs. Dans l’actualité, la responsabilité des agriculteurs émerge de plus en plus. Mais dans beaucoup d’autres territoires, la responsabilité des agriculteurs est un impensé (les habitants connaissent mal les ordres de grandeur de la consommation d’eau, les métropolitains connaissent mal les interdépendances avec les territoires voisins) ou un sujet tabou (les habitants refusent en bloc de pointer les agriculteurs du doigt de peur de les stigmatiser).
(…) Le stress hydrique va continuer de produire des tensions sociales dans les années à venir. Nous ne pouvons plus nous permettre d’y réfléchir uniquement pendant les périodes de sécheresse sur le registre de la gestion de crise. Il faut changer notre rapport à la ressource en eau pour faire de sa raréfaction une problématique
(…) Les collectivités locales pourraient entreprendre un travail pour mieux comprendre la consommation d’eau des agriculteurs locaux, en s’appuyant sur la notion de rendement. De quoi distinguer grosse consommation d’eau et gros gâchis. Un mètre cube d’eau finance la production de 1 euro de maïs et de 15 euros de produits du maraîchage.
Sur la base de cette meilleure compréhension des pratiques agricoles locales, les collectivités pourraient organiser des délibérations collectives sur les règles de partage de l’eau, sur le mode d’une COP locale par exemple. Cela permettrait de mieux comprendre les interdépendances entre les territoires et de définir des objectifs communs (mais différenciés) entre tous les acteurs : quels sont les efforts à faire par les agriculteurs ? Par les acteurs industriels (dont l’industrie touristique) ? Par les acteurs publics ? Et par les habitants ? »
-Les forages domestiques, une question politique en devenir face au manque d’eau ? La France en compterait environ 1,5 million, or seul 1 sur 50 serait déclaré
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Selon une estimation de France Stratégie (note d’avril 2024), près de 9 % des maisons individuelles en France disposent d’un forage domestique…or seulement 1 forage domestique sur 50 serait déclaré ! La loi prévoit pourtant que tous les forages soient systématiquement déclarés en mairie.
La pratique du forage domestique est en expansion, “probablement liée aux arrêtés sécheresse de plus en plus fréquents” estime France Stratégie. L’organisme estime en effet que “le forage domestique permettrait, pour certains, de contourner les interdictions de différents usages (interdictions d’arrosage, de remplissage de piscine ou de lavage de voiture)”.
France Stratégie précise :
« L’eau prélevée à travers les forages domestiques est estimée à 200 millions de m3 par an, soit un supplément moyen de 5 % par rapport au volume d’eau potable prélevée pour l’usage domestique.
Ces prélèvements sont susceptibles d’exercer une pression importante dans plusieurs zones à certaines périodes de l’année, et d’autant plus contribuer à des situations de déséquilibre qu’ils sont concentrés entre les mois de juin et d’août et dans le sud de la France. »
Dans deux des trois scénarios envisagés dans sa prospective de la demande en eau à l’horizon 2050, France Stratégie émet l’hypothèse que le nombre de forages domestiques augmentera de 10 % par décennie. L’organisme préconise des contrôles renforcés.
Hypothèse : et si le possible renforcement à venir de ces contrôles n’était pas bien accepté par une partie de la population ? La question se pose face à la proportion massive de la non-déclaration. Dans cette hypothétique contestation, pourraient se rejoindre des citoyens de bords politiques très divers (« écologistes des champs », tendance libertaires ; conservateurs libéraux ; « antisystème »…) pour former une alliance hétéroclite. A l’inverse, en cas de renoncement à renforcer les contrôles, les pouvoirs publics s’exposent à une augmentation du phénomène de forage et donc des impacts précités.
–Un nouveau mot, emblématique des nouvelles pratiques de l’adaptation
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« Dédrainage : le mot n’existe pas dans le dictionnaire. C’est dire comme il vient bousculer les habitudes ». C’est ce qu’écrit le journal La Montagne dans un long reportage paru fin 2024, dédié à un projet de dédrainage de parcelles agricoles « jamais vu sans doute » a minima dans le Limousin.

La journaliste écrit :
« Au début des années 1980, le déploiement du drainage s’est intensifié, permettant d’exploiter des parcelles jusqu’alors inaccessibles, d’augmenter les productions, de travailler les parcelles en toutes saisons. Aujourd’hui, le changement climatique fait ressurgir d’autres besoins, dont celui de mieux gérer les ressources en eau. »
« Pendant les sécheresses, tout est grillé, sauf quelques prairies de fond. C’est dommage que lorsqu’il pleut, on envoie l’eau le plus vite possible à la rivière et que quelques mois plus tard, lorsqu’on en a besoin, il n’y en ait plus. » – Cornelis Van Marle (éleveur laitier – L’Arbre de vie à Clugnat)
Pour lui, l’équation est simple : certes, sur des parcelles humides qui ne sont pas drainées, il ne peut pas sortir ses vaches lorsqu’il pleut mais pendant les sécheresses, il a à sa disposition de l’herbe et de l’eau. « C’est mieux, tu es plus régulier », dit-il.
Dédrainer, « c’est une idée que j’ai depuis longtemps », confie Tom Vierhout, éleveur et propriétaire des parcelles.
« On parle de plus en plus de sécheresse et des étiages qui deviennent plus sévères mais ce qui me surprend, c’est qu’on ne parle jamais de drainage, alors que c’est le premier facteur de sécheresse. Quand il pleut, dans les quatre jours qui suivent, l’eau est évacuée par les drains, passe dans les rivières qui montent très vite et qui descendent aussi très vite. Et ensuite, il n’y a plus d’eau. » – Tom Vierhout
« Le principe du drainage, c’est d’accélérer l’écoulement de l’eau. En dédrainant, on va tout simplement le ralentir », schématise Julien Lemesle, technicien coordinateur du SMBPC. De quoi permettre de maintenir plus longtemps l’eau dans le sol des prairies.
L’enjeu, face au changement climatique qui accentue les sécheresses et les épisodes diluviens, c’est désormais de ralentir le parcours de l’eau et de la stocker de manière qu’elle ne s’évapore pas :
« Plus on réfléchit à ce que l’on fait, plus on se rend compte qu’ici, c’est le sol qui peut nous garder de l’eau. Ce n’est pas forcément entré dans les mœurs parce qu’on donne toujours l’image du plan d’eau comme réserve mais on sait qu’un plan d’eau, ça évapore énormément contrairement à une zone humide, qui va conserver de l’eau dans le sol. » – Julien Lemesle (technicien coordinateur du Syndicat mixte du bassin de la Petite Creuse)
Ce tout premier projet de dédrainage pourrait ouvrir la voie à d’autres. Il fait en tout cas déjà parler de lui. « On a eu des réactions épidermiques, sourit Julien Lemesle. On nous a dit “On s’est cassé les pieds à drainer et maintenant vous vous amusez à enlever !” Mais on n’a plus le même climat », rappelle-t-il encore une fois. Et la gestion de l’eau doit évoluer avec lui. C’est un tournant dont le monde agricole peut tirer parti.
Le dédrainage n’est pas la solution miracle ni la seule solution : il fait partie d’un bouquet de solutions qui peuvent être pertinentes, en fonction des cas.
« L’objectif, ce n’est pas de tout dédrainer, mais d’avoir conscience qu’on est obligé de faire face à des dérèglements climatiques qu’on ne peut pas prévoir et qui peuvent aller dans le sens d’une grosse sécheresse comme dans le sens d’un excès d’eau. Et la meilleure façon d’avoir une activité agricole qui résiste à ça, c’est justement d’avoir une diversité d’habitats, une diversité de milieux, qui permettent de répondre à une problématique particulière, que ce soit la sécheresse ou que ce soit trop d’eau. » -Julien Jemin (chargé de mission animation foncière & animations territoriales CTMA Petite Creuse au CEN de Nouvelle-Aquitaine)
-Vers une chute de la rentabilité de certaines exploitations françaises ?
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Extraits d’un article de Ouest-France (02/01/2026) :
« Là où les exercices de prospective agricole s’intéressent le plus souvent à la macroéconomie (productions, rendements, usages de terres…), quatre groupes français du secteur agricole (Crédit agricole, InVivo, Sofiproteol et Unigrains) ont réalisé un travail inédit de microéconomie : modéliser les évolutions du climat, de la démographie agricole (poursuite de la tendance actuelle), et d’une partie des coûts de production (+ 50 % pour la protection des cultures), et appliquer leurs effets à des exploitations archétypales de la ferme France (exclusivement en agriculture conventionnelle), elles-mêmes modélisées selon environ 600 paramètres technico-économiques.
Résultat : à + 2,3 °C, les rentabilités des terres (l’excédent brut d’exploitation par hectare, EBE/ha) chutent si les pratiques n’évoluent pas, et accentuent au passage certains écarts existants. Cette rentabilité baisserait de 21 % dans les systèmes de grandes cultures industrielles du nord de la France, actuellement les plus rentables. Mais c’est bien pire pour les grandes cultures du Grand Est (-72 %), ou dans les grandes cultures du Sud irriguées (-68 %), où il frôlera le négatif.
En élevage, les dégâts sont moins lourds : l’EBE par animal baisse de 5 % en bovins laitiers dans l’Ouest, et augmente en Bovins viande dans le Centre (+ 11 %), notamment grâce à l’agrandissement des cultures de ventes.
Le tableau est moins noir à l’échelle de l’exploitation, dont la taille moyenne va grandir. (…) Mais l’avenir promet de creuser les écarts existants en grandes cultures.
(…) Pour rétablir les rentabilités à l’hectare, les auteurs proposent des leviers d’adaptation (nouvelles cultures, photovoltaïque, cultures intermédiaires à vocation énergétique…) qui permettraient un maintien, voire une amélioration de la rentabilité à 2050. Mais ces schémas butent rapidement sur la capacité d’endettement des exploitations, face à laquelle les auteurs appellent à une mobilisation des filières et de l’État.
Face à ces perspectives, un constat s’impose : la France, très conservatrice en matière de politique agricole, échappera difficilement à une refonte de la géographie des soutiens publics à l’aune du changement climatique. »
-Quand le report national du brevet des collèges en raison d’une canicule est contesté dans des régions moins touchées par la chaleur…
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C’est ce qui s’est passé en Normandie en 2019. Explications ci-dessous par Paris-Normandie, dans un article paru en juin cette année-là :
« Un afflux inédit et ininterrompu depuis mardi 25 juin 2019. Invités à s’exprimer sur les réseaux sociaux par Paris-Normandie, de nombreux parents ont inondé la messagerie de votre quotidien, témoignant des désagréments occasionnés par le report du brevet des collèges. Qu’il s’agisse de vacances déjà réservées, d’actes médicaux programmés, ou tout simplement d’incompréhension face à une décision jugée excessive ».
« Si la Normandie profite de conditions climatiques plus clémentes, le statut d’examen national du brevet impose d’appliquer les mêmes règles et le même calendrier à l’ensemble du territoire français ».
Pour plusieurs parents d’élèves ce report n’est pas justifié :
- « Je pense que l’on est dans l’excès. Il suffisait simplement de fournir de l’eau et changer de salle, en installant les élèves dans celles exposées au nord par exemple. »
- « C’est aberrant. La chaleur sera supportable, c’est l’été. Pourquoi mettre la France en panique ? Il suffit de proposer à boire afin de s’hydrater correctement, de mettre des ventilateurs dans les classes et fermer les stores ».
- « N’aurait-il pas été plus sage de donner des consignes aux établissements et de recenser ceux qui rencontraient des difficultés et de les aider en débloquant des budgets pour acheter des ventilateurs ou des climatiseurs portables ? »
(Source)
Qu’en sera-t-il demain si ces épisodes sont amenés à se multiplier ?
–Le transport maritime par l’Arctique devient une réalité, avec une durée de trajet divisée par deux par rapport au passage par Suez
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En octobre 2025, on apprenait qu’un porte-conteneurs chinois venait de relier la Chine à l’Europe en seulement 20 jours, en passant par la route Arctique, sans escorte de brise-glace, grâce à un nouveau raccourci entre l’Europe et l’Asie rendu possible par la fonte de la banquise. Hier, c’était le futur ; c’est désormais le présent.
Cette nouvelle route maritime par l’Arctique divise par deux le temps de trajet entre la Chine et l’Europe : 20 jours contre 40 via le canal de Suez, et près de 50 jours en contournant le cap de Bonne-Espérance.
En milles nautiques, cela correspond à environ 8400 vs 10 700 et 14 500, d’après la carte ci-dessous (source : Le Grand Continent) :

Le trajet est non seulement plus court, mais jugé aussi moins risqué qu’un passage par la mer Rouge. Ce trajet, qui s’inscrit dans la stratégie chinoise de « route de la soie polaire« , inaugure une nouvelle ligne régulière entre la Chine et l’Europe par l’Arctique, opérée par la compagnie chinoise Sealegend.
Dans un article sur le sujet, BFM Business indique : « Jusqu’ici, Suez restait l’un des corridors les plus stratégiques de la planète : un conteneur sur cinq dans le monde transite sur l’axe Chine-Europe, presque toujours via le canal de Suez. Cela représente 12.000 navires par an et 700 millions de tonnes de marchandises reliant les ports chinois à Rotterdam, Anvers ou Le Havre. Mais la fonte des glaces change la donne. Il y a dix ans, la route du Nord n’était ouverte que deux ou trois mois par an. Elle l’est désormais près de dix mois par an, le réchauffement arctique étant quatre fois plus rapide que la moyenne planétaire. »
Evidemment, les enjeux ne sont pas que commerciaux, mais profondément géopolitiques, puisque comme le précise BFM : « La Russie reste incontournable dans cette région stratégique. Elle possède plus de la moitié des côtes arctiques, soit un quart des frontières de la Russie. Toute la nouvelle route passe dans la zone économique exclusive russe. Autrement dit, tout navire voulant emprunter la route arctique doit obtenir une autorisation des autorités russes et doit souvent être escorté d’un brise glace russe. Par exemple, en 2022 un vraquier de 100.000 tonnes devait débourser 720.000 dollars pour bénéficier de cette escorte. »
« L’objectif du Kremlin est d’atteindre 130 millions de tonnes de fret par an via l’Arctique d’ici 2035, contre 32 millions en 2020. »
En parallèle, « deux autres routes pourraient par ailleurs se développer, par le passage du Nord-Ouest, par le Canada, et la route transpolaire qui passerait plus près du pôle », indique France24, qui l’illustre avec la carte suivante (réalisée par le studio graphique France Médias Monde) :

Cette perspective risque cependant d’aggraver encore le changement climatique (et les impacts négatifs sur la biodiversité : l’Arctique est un écosystème très fragile, et un habitat pour plusieurs espèces menacées, sans parler de la pollution sonore et des risques accrus de marées noires).
C’est donc un cercle vicieux qui se produit : à cause du réchauffement, la banquise fond et permet davantage de bateaux de traverser la zone, accentuant ce même réchauffement. Et ce d’autant qu’en « perturbant ce milieu, c’est l’équilibre climatique de la planète qui va se trouver menacé », explique la scientifique Sammie Buzzard, spécialiste des pôles : « les régions polaires jouent un rôle majeur pour refroidir toute la planète grâce à la glace blanche qui réfléchit l’énergie du soleil. Elles agissent un peu comme un congélateur géant. Tout ce qui réduit la quantité de glace, ou l’assombrit, entraîne un réchauffement supplémentaire avec des conséquences pour la planète entière ».
Comme l’explique le site France24, avec la fonte des glaces, les bateaux peuvent aussi naviguer plus souvent. Entre 1979 et 2018, la fenêtre navigable sans grands dangers dans cette zone s’est allongée de 35 %. Et chaque année, cette période continue de s’étendre.
France24 précise aussi que « les entreprises n’ont pas attendu que l’Arctique soit totalement libéré de ses glaces pour renforcer leur présence dans la zone. Presque tous les types de trafic maritime sont déjà en hausse dans la région, que ce soit pour le tourisme ou le transport de marchandises ».
-Une proposition d’innovation juridique face au recul du trait de côte : la propriété temporaire
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Les notaires de France ont fait une proposition inédite lors de leur Congrès 2024 : un droit de propriété temporaire, face au recul du trait de côte. Ils expliquent :
« Des outils sont offerts aux collectivités pour traiter des nouvelles constructions. Mais la situation des bâtiments existants est peu abordée, sans doute pour des considérations financières. Prévenir sans guérir…Nous proposons de traiter des bâtiments existants à l’occasion de leurs mutations en prévoyant d’employer le droit de préemption pour transférer à la commune, en contrepartie du versement d’un prix, la seule propriété du sol et du tréfonds. Le propriétaire conserverait pour sa part les bâtiments, en bénéficiant d’un droit de superficie temporaire, aussi longtemps que l’érosion le permettra. »
Eric Meiller, notaire, donne des précisions à la journaliste Juliette Nouel :
« Nous avons fait cette proposition pour améliorer le sort du bâti existant, face au déni du marché. Car, pour l’instant, au regard de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, la règle est que la perte de sa propriété par suite de l’érosion ne conduit à aucune indemnisation (ni expropriation, ni assurance, ni catastrophe naturelle, ni fonds Barnier). Je renvoie à la thèse de Eugénie Cazaux, soutenue à Brest, sur l’indifférence des prix de marché, selon qu’on est secteur à risque ou pas, en zone littorale. Or, en bonne logique, même si les gens veulent encore acheter en zone menacée à terme, l’absence de pérennité du bien, et l’absence d’indemnisation au plan du droit, devrait se refléter au plan économique. »
Il ajoute : « Je sais parfaitement que notre proposition sent le souffre. Des notaires qui se mettent à parler de « propriété temporaire », on se demande vite s’il n’y a pas plus que leur vin qui est rouge. Mais si j’avais vraiment voulu être révolutionnaire, j’aurais poussé le bouchon bien plus loin, où, par un jeu de passe-passe juridique, j’aurais recréé le « domaine éminent de la Couronne » sur toute la zone littorale, faisant basculer toute la propriété actuelle en un « domaine utile » temporaire. Ce qui aurait eu le mérite d’aligner le droit et le fait. Or, il s’agissait de faire adopter le vœu par l’assemblée des notaires présents au congrès – que ce ne soit pas seulement « notre » proposition – et il faut donc effectivement trouver une formule consensuelle qui soit acceptable pour toute la profession. »
-Au Portugal, la prise de conscience soudaine de la fragilité des routes face au dérèglement climatique. En France, celle-ci se fait encore attendre.
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Février 2026 : « Le gouvernement portugais a ordonné une évaluation des principales infrastructures routières et ferroviaires après les tempêtes successives ayant frappé le pays depuis deux semaines et qui ont provoqué mercredi l’effondrement partiel d’un tronçon sur la principale autoroute du pays reliant Lisbonne à Porto.
Le Portugal est frappé depuis plus de deux semaines par des précipitations exceptionnelles, après des intempéries meurtrières ayant causé d’importants dégâts. Le pays restait jeudi en alerte face aux risques de crues et d’inondations.
La péninsule ibérique est en première ligne du dérèglement climatique en Europe. « Rien que ces deux jours, les précipitations équivalent à 20 % de la moyenne des précipitations du Portugal pour une année entière » a souligné la ministre de l’environnement ».
Et en France ? « Sur les 1.1 million de km de routes (sans compter les chemins ruraux) du pays, il y a 700 000 km de routes dont on ne connait pas l’état. Plus de la moitié de notre patrimoine routier n’est pas diagnostiqué », indique Pierre Monlucq, président de la Commission Prospective de Routes de France (webinaire organisé par la startup Callendar, 22/01/2026). Selon lui, cette situation est « plus due à la peur du résultat qu’à la peur d’engager de la dépense : en tout cas c’est mon sentiment. Il y a des signes avant coureurs qui permettraient de dépenser beaucoup moins si on s’y prenait sans attendre. »
Il ajoute : « Il y a encore peu le réflexe de l’entretien préventif des routes. C’est vraiment une question de priorisation. Depuis longtemps on fait de l’entretien curatif, après coup, alors qu’on aurait pu refaire seulement une partie de la route en agissant en préventif. L’entretien préventif n’est pas priorisé aujourd’hui dans les budgets. »
-L’interdiction de construction d’habitations, de piscines individuelles, de sites industriels, de datacenters, en raison du risque de manque d’eau : un début de mouvement à suivre. 5 exemples ici.
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1/ Le tribunal de Dijon a considéré en novembre 2025 qu’un maire peut refuser la construction d’un mégapoulailler en raison des prévisions de baisse de la ressource en eau sur son territoire.
« C’est inédit, explique Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement. Pour la première fois, le juge considère qu’il n’est pas seulement important de regarder les données hydriques actuelles, mais qu’il faut aussi prendre en compte les projections futures au regard du changement climatique. »
A lire sur Reporterre.
2/ Le manque de ressources en eau entraîne dans certaines régions l’abandon de projets industriels. Le groupe agroalimentaire breton Le Duff a ainsi annoncé en mai 2023 renoncer à son projet d’usine de boulangerie Bridor à Liffré, à proximité de Rennes. Les recours en justice ont eu raison de sa construction : l’usine aurait été très consommatrice d’eau en pleine sécheresse. Et l’argument de l’emploi était peu convaincant : le territoire est déjà en plein emploi. A lire sur Novethic.
3/ Lleida est devenue la première ville espagnole à interdire les centres de données. La municipalité a déclaré que les centres de données ne créent pas suffisamment d’emplois qualifiés et consomment trop d’énergie et d’eau. Ailleurs en Espagne, le projet de Meta de construire un centre de données de 1,1 milliard de dollars dans la région de Tolède a suscité de vives critiques. L’installation devrait consommer plus de 600 millions de litres d’eau dans une zone menacée par la sécheresse. (Source)
4/ Face à la sécheresse et à la raréfaction des ressources en eau, certaines communes interdisent la construction de nouvelles piscines individuelles. C’est le cas pour neuf communes dans le Var qui ont choisi en 2025 de geler les permis jusqu’en 2028.
L’interdiction de construire ne se limite pas au sud de la France : les 42 communes de Rennes Métropole ont banni les piscines privées excédant 25 m³. Par ailleurs, dans les Pyrénées-Orientales, des arrêtés préfectoraux interdisent le remplissage des piscines. Et dans le Gard et l’Hérault, il est interdit d’utiliser de l’eau potable pour remplir sa piscine cet été. (Source)
5/ Comment accueillir de nouveaux habitants quand la commune manque d’eau ? Neuf villes du pays de Fayence, dans le Var, ont décidé en 2023 de geler toutes les demandes de permis de construire pour les cinq prochaines années. « Aujourd’hui, on a déjà du mal à assurer l’approvisionnement en eau de ceux qui sont déjà là, donc laisser s’installer, se démultiplier l’urbanisation, ne serait ni audible, ni responsable », explique le maire d’une des communes. (Source)
Puis en 2024, après deux années de sécheresse historique, la préfecture des Alpes-Maritimes a décidé d’empêcher les maires d’accorder de nouveaux permis de construire si un risque de pénurie d’eau est avéré. Concrètement, l’État rend désormais systématiquement son avis sur les projets d’urbanisme des communes, et pour obtenir un permis de construire dans les Alpes-Maritimes, il faut désormais donner la preuve que l’on dispose d’un accès à l’eau permanent. (Source)
A noter que le Conseil d’Etat a confirmé en décembre 2025 que « l’insuffisance de la ressource en eau peut justifier le refus d’un permis de construire pour un motif de salubrité publique » (Source).
–L’apprentissage de la nage au plus grand nombre, un nouvel enjeu d’adaptation ?
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L’augmentation des noyades est un effet collatéral des vagues de chaleur.

Y faire face passe notamment par renforcer les moyens de surveillance et de secours mais aussi et d’abord par la prévention. En particulier, l’apprentissage de la nage au plus grand nombre pourrait devenir un véritable enjeu d’adaptation au changement climatique, qui se présente plus tôt qu’on ne le pense, à combiner avec d’autres mesures (voir liste non-exhaustive plus bas). Santé publique France estime que 15 % à 20 % de Français ne savent pas nager.
L’enjeu n’est pas marginal : les noyades tuent environ un millier de personnes par an. Chez les moins de 25 ans, elles sont même la première cause de mortalité par accident de la vie courante.
A noter deux points :
1/ Le sujet est loin de concerner seulement les plages : Le Monde indique que « 15 % des accidents de noyage ont lieu dans les plans d’eau comme les étangs ou les lacs, et près d’1/3 dans les cours d’eau. Ces lieux, qui attirent particulièrement les adolescents, nombreux à sauter dans des fleuves et rivières, sont à l’origine de plus de la moitié des morts par noyade chez des mineurs. Santé publique France alerte d’ailleurs sur la très forte hausse du nombre des accidents mortels de mineurs dans les cours d’eau : 15 sur la première moitié de l’été 2025, contre 4 en 2024. »
2/ « La majorité des nageurs a appris à nager en piscine, mais se débrouiller dans un bassin, ce n’est pas évoluer dans une rivière ou dans l’océan », rappelle dans Le Monde Axel Lamotte, porte-parole de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs.
Or les contextes sont nombreux dans lesquels un malaise ou une crampe peuvent virer au drame : la profondeur subite d’un lac qui fait perdre pied, les courants de baïnes, la hauteur et la vitesse des marées des façades maritimes du Nord, la présence de méduses sur les côtes méditerranéennes, le débit des cours d’eau et leurs berges souvent impraticables… « Une noyade est toujours rapide et silencieuse », souligne Axel Lamotte.
Parmi la liste d’autres mesures envisageables par les pouvoirs publics : sensibilisation accrue aux risques liés à la chaleur avant la baignade, à savoir baisse de la vigilance, fatigue liée à la déshydratation, augmentation du risque de malaise dans l’eau, fragilité particulière à la chaleur de certains profils… ; adaptation de la communication en période de risque ; augmentation temporaire des effectifs de secours pendant les vagues de chaleur ; élargissement des horaires de surveillance des lieux de baignade en fin de journée ; analyse des flux et conditions météorologiques pour anticiper les journées à risque en termes d’effectifs ; renforcement des équipements de secours sur les lieux de baignade, et vérification de leur visibilité, accessibilité et bon entretien ; etc.
Cliquer pour découvrir un exemple concret d’adaptation sur cet enjeu, dans les Landes
Un exemple concret d’adaptation : l’extension des actions de vigilance hors été
Dans les Landes, bordées par 106 kilomètres de plage, les autorités locales constatent depuis 2020 un afflux croissant de touristes hors période estivale. Or l’été était la seule période durant laquelle était jusqu’alors prévue la surveillance des plages. Les communes du littoral, aidées par le département, ont annoncé, le 1er août 2025, la mise en place, dès le mois d’octobre, d’un dispositif de veille à l’année, une initiative « inédite en France et en Europe ».
Vingt-quatre nageurs sauveteurs seront affectés à ce dispositif de vigilance et interviendront par ailleurs, y compris en milieu scolaire, pour « acculturer les populations à la lecture de l’océan ». A titre de comparaison, le département en compte 475 l’été, dont une vingtaine de CRS.
Notons toutefois que les besoins supplémentaires de surveillance et de prévention se heurtent à des tensions sur les moyens financiers et les effectifs de professionnels. Les communes, chargées d’assurer la surveillance des quelque 3 300 lieux de baignade du pays, recourent de plus en plus à des maîtres-nageurs sauveteurs (MNS) civils. Or, selon les fédérations professionnelles, il manquerait 5 000 MNS en France, où 20 000 personnes exercent ce métier.
Il en résulte, pour certaines communes, des difficultés à maintenir ouverts tous les sites de baignades sécurisés, notamment dans les piscines publiques, ou à en ouvrir de nouveaux. Le ministère des sports considère cette pénurie comme « un sujet majeur de sécurité publique ».
Source : Le Monde, 7 août 2025
Sources du livre
Nous avons indiqué tout au long du livre nos sources en notes de bas de page dans la mesure du possible, mais celles-ci étaient trop nombreuses en partie 1 pour être toutes citées. Retrouvez sur ce document une liste plus complète.